Comment l’open source peut protéger nos démocraties face aux défis des réseaux sociaux et de l’IA
Commençons par les fondations : qu’est-ce que l’Open Source ? À première vue, l’expression pourrait évoquer des images de code informatique ésotérique compréhensibles uniquement pour les initiés. Mais en réalité, l’Open Source, c’est un mouvement, une communauté qui prône la liberté dans le développement logiciel. C’est une philosophie qui dit que le code qui fait tourner nos programmes devrait être accessible à tous, pour le lire, le modifier, l’améliorer, et le partager. Je me suis connecté pour la première fois à cette idée grâce à Linux, un système d’exploitation (comme Windows ou Mac) qui incarne ces valeurs et qui est, sans exagérer, le socle d’Internet aujourd’hui.
L’histoire de l’Open Source est une chronique passionnante d’innovation et de collaboration, une réponse à un monde où les logiciels étaient étroitement gardés par leurs créateurs. Pensez à Linux : conçu par Linus Torvald et sa communauté, ce système d’exploitation dirige maintenant 96.3% des serveurs des sites web les plus visités. C’est un testament de ce que l’humanité peut accomplir quand elle travaille ensemble, de façon ouverte et sans barrières.
Maintenant, regardons où nous en sommes. L’intelligence artificielle générative a le potentiel de refaçonner nos vies. Elle nous aide à écrire, à créer de l’art, à modéliser des solutions aux problèmes les plus complexes de notre époque. Dans ce contexte, l’Open Source peut-il être le gardien éthique de cette nouvelle frontière ?
À travers les récits édifiants mais aussi les avertissements que recèle notre histoire numérique, je vous propose un voyage pour explorer non seulement ce que l’Open Source peut transformer notre rapport au numérique, mais aussi comment ensemble, nous pouvons façonner un avenir où la technologie est à la fois omniprésente et bienveillante.
État des lieux : Réseaux sociaux, l’utopie brisée
“Quand les gens s’expriment plus, même simplement avec leurs amis proches et leur famille, cela crée une culture plus ouverte, et conduit à une meilleure compréhension de la vie et du point de vue des autres” — Mark Zuckerberg, 2012.
Il y eut un temps, pas si lointain, où l’on rêvait que les réseaux sociaux briseraient toutes les frontières. On les imaginait comme des outils magiques qui allaient relier les gens, dissoudre les malentendus et unifier le monde autour de valeurs communes. Mark Zuckerberg (Meta) en parlait avec une lueur dans les yeux : ces nouvelles places publiques numériques, ces nouveaux forums, allaient propulser une culture de l’ouverture et de l’empathie. On a tous eu cet espoir, même fugace, que grâce à ces plates-formes, on comprendrait un peu mieux notre voisin, qu’il vive à deux rues ou à deux fuseaux horaires de chez nous.
Si c’est gratuit, c’est vous le produit !
Et puis, la réalité de l’industrie est venue frapper à la porte. Ces outils gratuits qui promettaient monts et merveilles se sont révélés être des aspirateurs à attention de première catégorie. Tinder, Instagram, Facebook, TikTok… Leur modèle économique ne repose pas sur notre bien-être ou nos belles rencontres. Il repose sur notre capacité à rester scotchés à nos écrans. “Swipez, scrollez, likez”, nous disent-ils, pendant qu’ils vendent chaque minute de notre précieuse attention au plus offrant.
Le constat est amer : dans ce monde où tout est gratuit, on s’est peu à peu rendu compte que le véritable produit, c’était nous. Nos données, nos comportements, nos préférences — tout est mis en boîte et étiqueté pour être vendu. Et cette réalité ne s’est jamais aussi bien portée qu’à l’ère de la publicité ciblée, où chaque information que nous donnons sert à mieux nous séduire avec des annonces qui, souvent, nous connaissent mieux que nous-mêmes.
Et que dire de ces mécanismes de rétention, si finement affûtés, qu’ils nous poussent à revenir encore et encore ? Le fameux “pull to refresh”, cette petite action si anodine introduite par Twitter et rapidement reprise par ses concurrents, est calquée sur les mécaniques des machines à sous. Une action simple, un bruit caractéristique, et hop, peut-être que cette fois, on décrochera le gros lot sous forme de likes ou de nouveaux contenus. Les notifications, quant à elles, sont les cloches et les sifflets Pavloviens qui nous rappellent que quelque part, dans le grand casino du numérique, il y a toujours quelque chose qui nous attend.
Dans cet écosystème, Tinder est un exemple frappant. La plateforme promet des connexions, des étincelles, peut-être même l’amour. Mais si son objectif était vraiment de nous aider à trouver notre moitié, pourquoi donc semblerait-elle si désireuse de nous garder célibataires et actifs sur son application ? La réponse est simple : une fois le bonheur trouvé, l’utilisateur a moins de raison de revenir. Et un utilisateur inactif ne génère pas de données, ne voit pas de publicités, n’achète pas d’abonnements premium.
Le content vortex
Dans ce paysage numérique en constante évolution, il y a un phénomène insidieux que j’aime appeler le “content vortex”. C’est le résultat direct de ces algorithmes extrêmement performants, conçus pour nous servir ce que nous aimons, ou du moins ce que nos clics passés suggèrent que nous aimons. Le hic, c’est que ce système crée une chambre d’écho personnalisée où l’unique son que nous entendons est le reflet de nos propres opinions et goûts.
Le problème avec ce vortex, c’est qu’il ne se soucie guère de notre croissance personnelle ou de notre exposition à de nouvelles idées. Il se préoccupe plutôt de nous maintenir là, les yeux rivés sur l’écran, en nous nourrissant d’une diète constante de contenu qui résonne avec nos prédispositions. C’est comme si on vous servait votre plat préféré à chaque repas : au début, c’est confortable et rassurant, mais à la longue, cela devient monotone et on passe à côté de toute la richesse que le monde a à offrir.
Ce phénomène est particulièrement problématique lorsque l’on considère des sujets importants comme la politique, la santé ou l’environnement. Plutôt que d’être exposés à une gamme diversifiée d’opinions qui pourraient élargir nos perspectives et aiguiser notre compréhension, nous sommes souvent cantonnés à une diète médiatique qui renforce nos croyances actuelles, parfois au point de la radicalisation. Dans ce monde filtré par les algorithmes, voir au-delà de notre bulle personnelle demande un effort conscient et soutenu, un effort que, malheureusement, la conception des plateformes sociales actuelles ne favorise pas.
la promesse d’un monde plus ouvert et interconnecté par les réseaux sociaux a été éclipsée par la réalité d’un modèle économique centré sur l’attention et les données utilisateurs. Au lieu de servir de ponts entre les cultures et les individus, ces plateformes sont devenues des chambres d’écho, renforçant nos préjugés plutôt que de les défier. Si le potentiel de créer une communauté mondiale reste intact, la trajectoire actuelle nous éloigne de cet idéal. De plus, l’arrivée en force de l’IA générative est un vrai risque d’accélération et d’exacerbation de ces phénomènes (mais aussi une vrai opportunité de transformer ces réseaux !).
Pour retrouver le cap, il faudrait reconsidérer l’architecture même de ces espaces numériques, afin qu’ils encouragent réellement la découverte, l’empathie et l’échange authentique, au lieu de nous enfermer dans des cycles incessants de consommation de contenu.
III. L’avènement de l’IA générative : Le risque de l’amplification de la centralisation
Imaginez un instant que votre compte Instagram ne soit plus juste un endroit où partager vos photos de vacances. Avec les IA génératives comme ChatGPT, votre compte Instagram pourrait devenir un acteur autonome, interagissant avec vos amis, influençant leurs opinions, ou pire, les poussant à l’achat sans qu’ils ne se doutent de rien. En effet, l’IA pourrait exacerber les problèmes soulevés précédemment en matière de manipulation et d’attention.
Prenons quelques scénarios sur des plateformes où l’IA générative pourrait changer les règles du jeu, et pas nécessairement pour le mieux :
- L’influenceur IA sur Instagram : Imaginez un Instagram où les posts et stories d’un influenceur ne sont pas vraiment de lui. Derrière, il y a une IA générative qui analyse des millions de points de données pour créer du contenu parfaitement ciblé. L’influenceur virtuel poste des photos et vidéos ultra-personnalisées, ajustées à ce que l’algorithme a déterminé être les préférences de ses followers. Les produits apparaissent subtilement, les placements de produits sont optimisés au pixel près, créant un désir irrésistible chez le spectateur, sans même qu’il se rende compte qu’il a été manipulé par une IA.
- Le faux jumeau numérique sur Facebook : Vous activez les “réponses automatiques par IA” de Facebook pour gérer vos messages. L’IA crée un double numérique de vous, apprenant à imiter votre façon de parler, vos blagues, et même vos opinions. Sans le savoir, vos amis interagissent avec votre jumeau IA, qui profite de cette confiance pour glisser des recommandations de produits. “Tu as l’air fatigué ces derniers temps”, pourrait dire l’IA à un ami, “tu devrais essayer cette nouvelle boisson énergétique dont je ne peux plus me passer”. Et voilà, une publicité qui ne dit pas son nom, et qui est d’autant plus influente qu’elle vient de “vous”.
- Le matchmaker manipulateur sur Tinder : Tinder pourrait un jour utiliser une IA pour maximiser l’engagement en créant des profils de partenaires idéaux — non pas de vraies personnes, mais des amalgames de ce que l’algorithme a appris que vous aimez. Ces profils IA seraient capables de mener des conversations, d’exprimer des émotions, et même de vous séduire. Mais leur objectif ne serait pas de vous trouver l’amour. Ils vous garderaient accroché à l’application, augmentant le trafic et les chances que vous passiez à la version payante. Pire encore, ces profils pourraient vous pousser à faire des achats liés à des “rendez-vous” qui ne se concrétiseront jamais.
- Le marionnettiste diabolique de TikTok : L’IA pourrait servir de marionnettiste dans les élections, influençant subtilement les opinions via des plateformes comme TikTok. Imaginons un scénario où le conseil d’administration de TikTok, sous l’influence du Parti communiste chinois, déciderait de favoriser un candidat d’extrême droite en France. En analysant des données massives et en personnalisant le contenu vidéo, TikTok pourrait insidieusement glisser des idéologies extrémistes dans le flux des utilisateurs, les habituant à une certaine rhétorique politique sans qu’ils s’en aperçoivent. Des deepfakes et des bots pourraient amplifier ce phénomène, créant une illusion de mouvement populaire. Ce type de manipulation, bien que non prouvé, est technologiquement possible, et sans transparence dans les algorithmes, il est impossible de savoir si nous en sommes déjà victimes.
Ces exemples montrent comment l’IA générative pourrait être détournée pour manipuler nos interactions sociales de manière plus subtile et pernicieuse que jamais. La ligne entre le réel et le généré par IA deviendrait floue, et notre capacité à discerner la vérité serait mise à rude épreuve. Dans ce contexte, l’authenticité des relations humaines pourrait devenir la victime collatérale d’une course effrénée pour capter notre attention et influencer nos choix.
L’impact de ChatGPT et d’autres IA sur la société est profond. Lorsqu’une poignée de personnes contrôle ces outils, elles peuvent influencer ce que beaucoup pensent et disent. Avec ChatGPT, si les responsables décident de certaines règles ou filtres, ces choix pourraient indiquer une direction dans les conversations de millions d’utilisateurs. Cela signifie que la façon dont l’IA “apprend” et répond pourrait guider les opinions ou les idées sans que les gens s’en rendent vraiment compte. C’est un pouvoir immense qui est laissé entre les mains de quelques-uns, et ça soulève des questions sur la liberté de penser et de choisir de chacun.
Ce pouvoir, précédemment exclusivement détenu, dans une certaine mesure, par les États, se retrouve maintenant dans les mains d’entreprises privées aux ordres de leurs actionnaires. On se rapproche de plus en plus de Blade Runner non ?
Le danger inhérent à l’intelligence artificielle réside dans sa concentration et sa centralisation aux mains de quelques individus privilégiés, qui se positionnent ainsi en une nouvelle caste de décideurs. Cette oligarchie technologique, armée d’outils d’IA puissants, a le potentiel de façonner des narratives, influencer l’opinion publique et contrôler l’accès à l’information, posant ainsi un risque majeur pour la santé et l’intégrité de nos démocraties.
IV. L’Open Source une solution : Les cas de Llama 2 et X
La centralisation de l’intelligence artificielle et des algorithmes pose un risque majeur pour nos démocraties, comme évoqué dans les sections précédentes. Face à ce défi, l’Open Source se présente comme une réponse solide et pragmatique. Cette approche, axée sur la transparence et la collaboration, permet de contrebalancer la tendance à la centralisation en offrant une visibilité sur les mécanismes internes des applications et des IA. C’est un pas vers une démocratie numérique renforcée où la confiance se construit sur l’ouverture et la coopération. Pour illustrer cette perspective, nous examinerons deux initiatives notables : Llama 2, l’IA open source de Meta, et X, le projet d’Elon Musk qui a transformé le code du réseau social Twitter en open source. Ces études de cas mettront en lumière comment l’Open Source peut contribuer à façonner un numérique plus équitable et transparent.
La philosophie open source : Un retour aux fondamentaux
L’Open Source, c’est un peu comme la recette ouverte d’un chef qui vous invite à comprendre, modifier et améliorer ses créations. C’est une étape vers la transparence dans un univers digital souvent trop fermé. Plutôt que de garder le code sous clé, l’Open Source dit : “Voilà comment ça marche. Si vous voyez comment l’améliorer, allez-y !” Mais l’Open Source ne signifie pas seulement la transparence du code, il nécessite également une communication ouverte sur les pratiques commerciales, les politiques de confidentialité, etc.”
La transparence est l’un des grands atouts de l’Open Source. Dans un monde où les algorithmes décident de plus en plus de nos vies, pouvoir jeter un œil sous le capot devient crucial. C’est un peu comme avoir le droit de questionner les décisions prises en notre nom. Et c’est aussi une façon de rendre les créateurs de logiciels un peu plus responsables, car tout le monde peut voir et juger de ce qu’ils fabriquent.
L’Open Source a des avantages tangibles qui vont au-delà de la simple transparence. Il favorise l’innovation en permettant à des personnes du monde entier de collaborer et de partager leurs idées. Des projets tels que le système d’exploitation Linux, le serveur web Apache et le navigateur web Firefox sont tous des exemples de logiciels open source qui ont eu un impact majeur sur le monde numérique. Ils ont permis de créer des solutions robustes et fiables qui sont utilisées par des millions de personnes chaque jour.
Imaginez une bande de passionnés de toutes origines qui se retrouvent pour bidouiller, améliorer et construire ensemble sur la base d’un code partagé. C’est un terrain de jeu immense où l’innovation naît de l’échange et de la diversité des points de vue. Et le plus beau, c’est que tout le monde peut rejoindre la partie, apprendre, contribuer et faire avancer le schmilblick.
L’Open Source rappelle que la technologie peut être un bien commun, quelque chose qui nous rassemble plutôt que nous divise. Et dans un monde où quelques géants du web semblent tout contrôler, c’est une bouffée d’air frais. C’est ce principe d’ouverture et de collaboration que Llama 2 et X ont embrassé, comme nous le verrons dans les sections suivantes. C’est une façon de dire : “Le numérique peut être différent, plus ouvert, plus juste.” Et c’est une invitation à repenser ensemble les règles du jeu digital.
Llama 2 : Une initiative vers la transparence
Imaginez un géant de la tech comme Meta, la maison-mère de Facebook et Instagram, qui décide soudainement de partager les secrets d’une de ses IA avec tout le monde. C’est exactement ce qui se passe avec Llama 2 (Large Language Model Meta AI 2). Au lieu de garder jalousement le code de cette IA, Meta l’a mis à la portée de tous, en mode Open Source. Cela signifie que vous, moi, ou n’importe quel curieux ou développeur autour du globe peut jeter un œil à l’intérieur, comprendre comment ça marche, et même proposer des améliorations.
C’est assez surprenant venant de Meta, connue pour ses algorithmes mystérieux opérant dans l’ombre. En ouvrant le code de Llama 2, Meta semble vouloir titiller des acteurs comme OpenAI, qui garde son outil ChatGPT bien verrouillé.
L’aventure Open Source de Llama 2, c’est un peu comme ouvrir grand les portes d’un laboratoire secret. Cela invite tout un chacun à fouiner, explorer et améliorer le modèle. C’est un appel à la collaboration, un moyen de dévoiler un peu la magie de la tech et de travailler ensemble pour la rendre encore meilleure. Cette transparence peut aider à gagner la confiance des utilisateurs et à stimuler l’innovation, en montrant qu’il existe des alternatives aux pratiques fermées habituelles.
Ainsi, le geste de Meta avec Llama 2 pourrait inspirer d’autres dans l’arène du numérique. Cela suggère qu’un peu d’ouverture peut effectivement faire beaucoup de bien, tant pour les entreprises que pour la grande communauté du web.
Toutefois, il y a un hic. Si le code de Llama 2 est désormais un livre ouvert, les données utilisées pour l’entraîner restent fermement sous clé. C’est un peu comme avoir la recette d’un gâteau, mais sans les ingrédients. Les données d’entraînement sont cruciales pour comprendre comment l’IA a appris et comment elle réagit dans différentes situations. Sans accès à ces données, on a seulement une partie de l’histoire. Cela pose la question : l’ouverture du code est-elle suffisante pour garantir la transparence et la confiance, ou faut-il aller plus loin et partager également les données ? Meta a fait un pas en avant avec Llama 2, mais le chemin vers une transparence totale semble encore long.
𝕏 (ex-Twitter) : L’approche révolutionnaire d’Elon Musk
Suite à l’acquisition de Twitter, Elon Musk a réinventé la plateforme en la baptisant 𝕏, avec une orientation résolument open source. Musk ambitionne de transformer 𝕏 en une “everything app” (application tout-en-un), capable de remplacer des plateformes comme YouTube, LinkedIn, WhatsApp, les applications de rencontres, et même les banques, en intégrant des fonctionnalités diverses telles que les paiements, les messages, les appels vidéo et bien plus, visant à répondre à tous les besoins numériques des utilisateurs.
- Open Source et Modèle Économique Innovant
En Avril 2023, Musk a mis en open source une partie du code source de 𝕏, permettant une transparence et une amélioration collaborative, rompant ainsi avec les pratiques courantes dans l’industrie des réseaux sociaux. Cette ouverture permet de dévoiler les algorithmes déterminant le contenu affiché sur les timelines des utilisateurs. Parallèlement, un nouveau modèle économique a été introduit : les utilisateurs peuvent opter pour un compte certifié et sans publicité moyennant un paiement, replaçant ainsi l’utilisateur au centre de l’écosystème, contrairement au modèle traditionnel dominé par les annonceurs. Cette démarche s’aligne avec la philosophie open source, garantissant la rentabilité de la plateforme tout en préservant la transparence et l’intégrité.
Les démarches innovantes de Musk autour de 𝕏 pourraient redéfinir les opérations et perceptions des réseaux sociaux, en termes de transparence, de contrôle utilisateur et de modèle économique. Cette vision de réseau social décentralisé et ouvert pourrait inspirer d’autres géants de l’industrie. En effet, Meta suit une trajectoire similaire en introduisant des options payantes pour des comptes sans publicité sur Facebook et Instagram, signe que l’approche de Musk pourrait être une voie viable et attractive pour l’avenir des réseaux sociaux.
- Modération de Contenu et Intelligence Collective
𝕏 a introduit Community Notes, permettant aux utilisateurs d’annoter les posts et de fournir du contexte, favorisant une modération de contenu basée sur l’intelligence collective plutôt que sur des décisions unilatérales, minimisant ainsi les risques de censure et impliquant davantage les utilisateurs dans la modération. En tant que contributeur de Community Notes, j’ai trouvé le système très reconnaissant. Certaines de mes notes anonymes ont atteint 100k vues, témoignant de l’engagement des utilisateurs et de l’impact potentiel de cette initiative.
- Grok : L’intelligence artificielle de X
Le développement de Grok par l’entreprise xAI de Musk est une autre innovation notable. Grok est une IA inspirée du “Guide du Voyageur Galactique” de Douglas Adams, conçue pour répondre à presque toutes les questions et même suggérer des questions à poser. Une IA non biaisée et sans filtres. Grok est encore en phase bêta très précoce, mais promet d’évoluer rapidement avec le temps et les retours des utilisateurs. Elle est propulsée par Grok-1, un modèle de langage avancé, montrant des performances remarquables sur divers benchmarks, surpassant d’autres modèles de sa catégorie en efficacité de formation et en raisonnement.
- Unregretted user-minutes : La mesure du temps bien investi
Elon Musk propose une nouvelle façon de mesurer le succès des réseaux sociaux : les “Unregretted User-Minutes” (Minutes d’Utilisation Sans Regrets). Plutôt que de se concentrer sur le temps que les utilisateurs passent sur la plateforme, Musk suggère de se concentrer sur la qualité de ce temps. En bref, si vous vous sentez satisfait après avoir utilisé 𝕏, considérant que votre temps a été bien investi, alors ce temps est compté comme des ‘Minutes d’Utilisation Sans Regrets’. C’est une approche qui vise à rendre chaque minute passée sur 𝕏 précieuse et enrichissante pour l’utilisateur.
- Prospective — Apprentissage et montée en conscience avec 𝕏, Grok et l’open source
Imaginez un mélange entre Grok, l’IA de 𝕏, et le concept des “Unregretted User-Minutes”. On obtient un réseau social qui sait vous guider vers des contenus de plus en plus intéressants, tout en respectant ce que vous aimez et votre niveau de compréhension. C’est comme si vous aviez un prof perso qui vous aide à apprendre sans que vous vous en rendiez compte.
Et le plus cool ? Tout cela en open source. Ce qui signifie que chacun peut contribuer à son amélioration. C’est comme si on construisait ensemble une énorme salle de classe mondiale, où tout le monde peut apprendre, partager et aider à rendre la plateforme encore meilleure.
Et si on allait plus loin ? Si les gens sont bien informés et engagés, 𝕏 pourrait même devenir un endroit de prise de décisions collectives. Un peu comme un système de vote, mais à une échelle énorme et sur toutes sortes de sujets.
C’est une idée un peu folle, non ? Mais après tout, Elon Musk n’a jamais eu peur de repousser les limites. Alors, qui sait ce que l’avenir nous réserve avec 𝕏 ?
V. Vers une régulation éclairée : Le courage de la transparence
Face à la montée en puissance des technologies numériques, une régulation éclairée s’impose. L’Open Source se révèle être une clé majeure pour dévoiler les mystères des algorithmiques complexes et des technologies en constante évolution. Toutefois, adopter l’Open Source n’est pas sans soulever certaines questions, en particulier celle du vol industriel. Pourtant, loin d’être un risque, l’Open Source peut se transformer en un atout concurrentiel.
L’Open Source démystifie la technologie numérique. En offrant un accès libre au code, il dévoile les rouages internes de ces technologies, permettant aux régulateurs, chercheurs et citoyens de mieux comprendre leur fonctionnement. Une telle transparence facilite l’identification de problèmes potentiels et la formulation de régulations pertinentes.
L’Open Source est également un moteur d’innovation. En ouvrant le code à une communauté de développeurs et de chercheurs, il évite la stagnation technologique et stimule la compétitivité, tout en garantissant que les technologies évoluent dans l’intérêt public.
Son aspect universel facilite la coordination internationale. En partageant le code et en collaborant sur des projets communs, les parties prenantes peuvent travailler ensemble pour développer des normes et des régulations qui transcendent les frontières nationales.
Open source et vol industriel : Le paradoxe déconstruit
Adopter l’Open Source peut sembler risqué pour les entreprises, qui craignent le vol industriel. Pourtant, l’Open Source ne signifie pas “libre pour tous”. Les licences spécifiques qui encadrent ces projets définissent clairement comment le code peut être utilisé, modifié et redistribué, offrant une protection contre l’appropriation abusive. De plus, le savoir-faire et l’expertise acquis par une entreprise qui développe un projet Open Source sont inestimables et difficiles à imiter, même avec un accès au code.
Par ailleurs, le savoir-faire et l’expertise acquis par une entreprise qui développe un projet Open Source sont inestimables et difficiles à imiter, même avec un accès au code.
Au lieu d’être une faiblesse, l’Open Source peut devenir un avantage concurrentiel. En partageant le code, l’entreprise peut bénéficier de l’expertise de la communauté pour améliorer son produit. L’Open Source permet aussi de gagner la confiance des clients et des partenaires, et de stimuler l’innovation en interne.
Considérez l’exemple de Red Hat, une entreprise de logiciels qui a construit son modèle d’affaires autour de l’Open Source. En offrant son système d’exploitation Linux gratuitement, Red Hat a pu attirer une large base d’utilisateurs. L’entreprise génère des revenus en proposant des services premium, tels que le support technique et les solutions de sécurité. Ce modèle a non seulement permis à Red Hat de se distinguer de ses concurrents, mais aussi de stimuler l’innovation en profitant des contributions de sa communauté d’utilisateurs.
Pour une régulation éclairée par l’open source
Il est essentiel que les régulateurs reconnaissent le potentiel de l’Open Source et l’intègrent dans leurs approches. Des mesures incitatives peuvent encourager les entreprises à adopter des pratiques Open Source, et les régulateurs pourraient eux-mêmes utiliser des outils Open Source pour développer des mécanismes de régulation plus efficaces. Cependant, il est important de noter que l’Open Source n’est qu’une partie de la solution et que les régulateurs doivent également prendre en compte d’autres facteurs tels que les politiques de confidentialité, la sécurité des données et les pratiques commerciales.
L’Open Source offre une opportunité unique pour une régulation plus éclairée et efficace des technologies numériques, tout en stimulant l’innovation, la transparence et la coordination internationale. C’est une voie prometteuse pour une régulation qui protège les droits de l’homme tout en soutenant le progrès technologique.
Un exemple pertinent en France est l’application TousAntiCovid. Le gouvernement français a décidé de rendre le code source de cette application de traçage du COVID-19 ouvert et accessible à tous. Cela a permis non seulement une transparence nécessaire pour gagner la confiance du public, mais a également permis à des experts indépendants de vérifier le respect des normes de confidentialité et de sécurité. En outre, la communauté de développeurs a pu contribuer à améliorer le code et à signaler d’éventuels problèmes.
Impact de l’open source sur la vie quotidienne
Pour l’utilisateur moyen, l’Open Source peut sembler un concept technique éloigné. Cependant, il a un impact direct sur notre vie quotidienne. Par exemple, de nombreux services que nous utilisons quotidiennement, tels que les navigateurs web Firefox ou Chrome, sont basés sur l’Open Source. Cela signifie que ces services sont constamment améliorés par une communauté mondiale de développeurs. De plus, comme le code source est ouvert à tous, les utilisateurs ont la possibilité de vérifier par eux-mêmes que le logiciel qu’ils utilisent respecte bien leurs droits en matière de confidentialité et de sécurité.
VI. Conclusion : L’open source, gardien de nos démocraties ?
L’Open Source se pose comme un véritable bouclier pour nos démocraties face aux enjeux des réseaux sociaux et à l’expansion rapide de l’IA. En dévoilant le code qui alimente nos outils numériques, il offre une transparence indispensable et stimule la collaboration et l’innovation.
Des initiatives comme Llama 2 de Meta et 𝕏 d’Elon Musk, qui ont adopté une approche Open Source, sont des exemples éloquents du potentiel de cette philosophie pour transformer notre relation au numérique. En offrant un aperçu des mécanismes internes de leurs plateformes, ils favorisent une régulation éclairée et une utilisation plus éthique des technologies numériques.
L’Open Source est une invitation à tous — entreprises, développeurs, utilisateurs et régulateurs — à jouer un rôle actif dans la construction d’un avenir numérique plus transparent et équitable. C’est un rappel que la technologie ne doit pas nous exploiter, mais nous élever.
Alors, comment allez-vous contribuer à cette révolution Open Source ? Quel rôle allez-vous jouer dans la construction de notre démocratie numérique ? L’avenir de notre monde numérique est entre nos mains et chacun d’entre nous a un rôle à jouer.
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[Article rédigé le 6 novembre 2023, par Gaspard Tertrais avec le support de l’algorithme Open AI GPT-4 pour environ 20%. Images créées avec DALL.E 3, tous droits réservés, 2023].
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